À Séoul, dans le quartier effervescent de Hongdae, une autre idée de l’hospitalité prend forme. Loin des codes figés du palace, le RYSE s’impose comme un lieu en mouvement, à la croisée du design, de l’art et de la culture urbaine. Ni hôtel concept au discours théorique, ni adresse lifestyle standardisée, il propose une lecture plus libre du séjour. Un espace où l’on vient autant pour habiter la ville que pour en capter l’énergie, entre création contemporaine et usages quotidiens.
Photographies : Kim Yong Kwan
Un hôtel comme plateforme culturelle
À Séoul, le RYSE ne s’impose pas comme un simple hôtel, mais comme une prise de position. Installé au cœur de Hongdae, quartier vibrant où la jeunesse créative imprime son rythme, le lieu capte une énergie plutôt qu’il ne la met en scène. Ici, l’hospitalité devient un territoire d’expérimentation, un espace poreux où se croisent artistes, designers, entrepreneurs et voyageurs en quête d’une ville vécue de l’intérieur.
Le projet, imaginé par le studio londonien Michaelis Boyd en collaboration avec le studio coréen Integ de Daniel Song et Kate Choi, adopte une écriture à la fois brute et maîtrisée. Béton apparent, résine teintée, métal, rideaux épais, pièces graphiques et mobilier sculptural composent un ensemble où la matière joue un rôle central. Rien n’est décoratif au sens classique. Chaque élément participe à une tension visuelle, reflet direct de l’intensité de Hongdae, entre rigueur architecturale et liberté d’interprétation.

Des chambres comme terrains d’expression
Les chambres prolongent cette logique avec une lecture à plusieurs niveaux. Certaines privilégient une écriture plus sobre, lignes nettes, palette urbaine, grandes ouvertures sur la ville, dans un esprit presque graphique. D’autres s’affranchissent de ces codes pour devenir de véritables propositions, où l’espace devient support de narration. Les Curator Suites en sont la manifestation la plus aboutie. Dans la suite conçue avec le collectif new-yorkais MSCHF, l’espace bascule dans une forme d’installation. Au centre, un lit aux proportions démesurées, BED 2525, redéfinit l’échelle même de la pièce. L’objet devient manifeste, presque spéculatif, imaginant une hospitalité pensée pour des usages futurs. Autour, une sélection d’œuvres du collectif prolonge cette réflexion, brouillant la frontière entre chambre et espace d’exposition. Au sommet, la penthouse développe une autre lecture. Volumes ouverts sur la ville, cuisine, table DJ, collection de vinyles, bar intégré. Plus qu’une suite, un appartement de collectionneur, pensé pour accueillir, prolonger les échanges et s’approprier le lieu dans la durée.




Des espaces ouverts, une circulation des idées
Le lobby s’affirme comme un espace actif. Plus qu’un hall, c’est un lieu de passage, de rendez-vous, parfois de travail, où s’accumulent magazines, objets éditoriaux et œuvres contemporaines. Le RYSE revendique cette dimension hybride, presque curatoriale, avec une approche qui rapproche l’hôtel d’une galerie ou d’un studio ouvert. Les espaces communs prolongent cette dynamique. Salons modulables, zones de coworking, bibliothèque nourrie de revues spécialisées et de disques. Tout est conçu pour encourager les circulations d’idées, les rencontres et les projets improvisés. Le lieu ne cherche pas à isoler ses hôtes, mais à les inscrire dans un écosystème vivant, connecté à la scène locale.


Une scène vivante, du matin à la nuit
Côté table, l’adresse s’inscrit dans le rythme du quartier. CHARR développe une cuisine au feu direct, lisible et contemporaine, tandis que le Side Note Club, perché au 15e étage, prolonge la journée avec cocktails, musique et vues ouvertes sur Séoul. Une scène nocturne sans démonstration, mais parfaitement en phase avec l’énergie environnante.
Sans chercher l’effet, le RYSE propose une autre lecture du luxe. Plus fluide, plus culturelle, moins démonstrative. Un lieu en mouvement, où le design accompagne les usages et où l’art s’intègre au quotidien. À l’image de Hongdae, il ne fige rien. Il absorbe, transforme, diffuse. Un hôtel qui ne regarde pas la création, mais qui la laisse circuler. —

