Dans un monde automobile dominé par l’électrification, les interfaces digitales et les assistances à tout-va, De Tomaso fait figure d’irruption poétique. En présentant le 14 mai 2025 la version de production de sa spectaculaire P72, le constructeur réaffirme un dogme devenu rare : celui de l’émotion pure, débarrassée des artifices du numérique. Plus qu’une supercar, la P72 est une déclaration d’amour à la mécanique, à l’artisanat, et au plaisir de conduire sans filtre.
Inspirée de la P70 dessinée en 1965 par Alejandro De Tomaso et Carroll Shelby, la P72 est un hommage roulant à une époque où l’ingénierie obéissait encore à l’instinct. Présentée en 2019 au Festival of Speed de Goodwood sous forme de concept, la version finale conserve intacte cette philosophie originelle. Ses lignes évoquent les prototypes de course des sixties, et son design sculptural réunit esthétisme, fluidité et efficience. Une ode visuelle à la sensualité automobile, servie par une carrosserie entièrement en fibre de carbone.

La P72 repose sur une plateforme entièrement nouvelle, développée sur plusieurs années. Le châssis monocoque en fibre de carbone tressée 4×4 est formé d’une seule pièce continue, sans sections collées. Une prouesse technique qui augmente la rigidité, diminue le poids et fixe de nouveaux standards de pureté structurelle. Cette architecture a permis d’abaisser le centre de gravité et de positionner le groupe motopropulseur au point le plus bas du véhicule, pour une répartition des masses idéale.

À l’intérieur, pas d’écran, pas d’infodivertissement. De Tomaso parie sur la déconnexion totale. L’habitacle est une invitation à la contemplation mécanique : compteurs analogiques, commandes usinées en aluminium, levier de vitesse en métal poli, suspendu comme une sculpture d’orfèvrerie. Chaque surface, chaque détail raconte le geste d’un artisan, jusque dans les pièces en aluminium brossé, sablé ou polies à la main. Le cuir cousu main et les détails en Alcantara parachèvent une ambiance inspirée de l’horlogerie haut de gamme.
C’est un V8 5.0 L compressé, conçu exclusivement pour la P72, qui anime ce joyau. Fort de 700 ch et 820 Nm de couple, ce bloc à distribution courte mise sur la réactivité et les montées en régime expressives. Associé à une boîte manuelle à six rapports, il transforme chaque changement de vitesse en geste méditatif. Ici, pas de mode de conduite, pas de filtre électronique : seulement le moteur, la route, et le conducteur.

La P72 bénéficie d’une suspension à tirants (push-rod), complétée par un système d’amortissement à trois voies réglables manuellement. L’expérience de conduite est ainsi modulable selon le ressenti, et non dictée par une intelligence embarquée. L’aérodynamisme a été pensé pour réduire la traînée sans compromettre l’appui, pour un dialogue constant entre précision et audace.
La P72 sera produite à seulement 72 exemplaires. Ce premier modèle présenté n’en fait pas partie : il sert de référence interne pour valider l’ingénierie, la finition, et l’esthétique. Chaque client, ou « custodian », pourra personnaliser son véhicule dans les moindres détails. Les livraisons débuteront fin 2025, symbolisant l’aboutissement d’un travail de renaissance et l’accomplissement d’une promesse.

Fondée en 1959 à Modène, De Tomaso a toujours défié les conventions. De la P70 à la mythique Pantera, le constructeur a mêlé ADN sportif et réflexion stylistique. Depuis sa reprise en 2014 par Norman Choi, la marque opère une réinvention audacieuse, fidèle à son passé mais ouverte sur un avenir résolument analogue.
En pleine ère d’hyperconnectivité, la P72 résiste à la tentation du tout-numérique. Elle est la mémoire d’un temps où les voitures étaient dessinées avec le cœur et conduites avec l’âme. Par son approche sans compromis, De Tomaso réaffirme que la technologie la plus puissante reste celle de l’émotion humaine.
