Au musée Fabre, Pierre Paulin fait entrer le design dans une autre dimension. Jusqu’au 1er novembre 2026, Montpellier consacre une grande rétrospective au créateur français, maître des lignes souples, du confort moderne et d’une élégance qui n’a jamais cessé d’anticiper nos façons d’habiter.
Il y a chez Pierre Paulin une manière très précise de penser le confort. Rien d’appuyé, rien de décoratif au sens facile du terme. Le siège n’est jamais seulement une assise : il devient une forme à vivre, presque une architecture intime. Avec Le design selon Pierre Paulin (1927-2009), le musée Fabre ouvre pour la première fois ses salles à une grande exposition consacrée au design du XXe siècle. Un choix significatif pour un musée longtemps associé aux beaux-arts, qui élargit ici son regard vers les arts décoratifs, l’objet, l’industrie et les manières modernes d’habiter.


Fauteuil F562 dit Big Mushroom, Pierre Paulin pour Artifort, 1960 Photo : © Artifort
Né à Paris en 1927, disparu à Montpellier en 2009, Pierre Paulin traverse cinq décennies de création sans jamais se laisser enfermer dans une époque. Ses pièces les plus célèbres, de la Mushroom Chair à la Ribbon Chair, de la Tongue Chair à l’Orange Slice, ont gardé cette étrange jeunesse des objets vraiment justes. Elles portent l’énergie des années 1960, l’élan pop, les matières extensibles, les couleurs franches, mais aussi une intuition plus profonde :
le mobilier devait accompagner le corps, l’envelopper, lui offrir une liberté nouvelle. L’exposition, placée sous le commissariat de Florence Hudowicz, conservatrice en chef au musée Fabre, ne se contente pas d’aligner des icônes. Elle raconte une pensée. Celle d’un designer qui avançait par observation, par dialogue avec les fabricants, par recherche sur les matières, les volumes et les usages. Édité par Meubles TV, Thonet puis Artifort, Paulin installe très tôt ses créations dans le paysage international. Dès 1967, certaines entrent dans les collections du MoMA à New York. Trois ans plus tard, Georges et Claude Pompidou lui confient la transformation des appartements privés de l’Élysée. La modernité française prend alors des courbes, des couleurs, une audace domestique.


Pierre Paulin, Fumoir du Palais de l’Élysée, 1969-1972, Paris, Collection du Mobilier national
© Collection du Mobilier national – Elise de La Vaissière
À Montpellier, l’un des moments forts du parcours sera la présentation du Fumoir de l’Élysée, réalisé pour les appartements présidentiels en 1972 et restauré par le Mobilier national. Cette pièce monumentale résume à elle seule la singularité de Paulin : penser un espace comme une expérience globale, où le mobilier, le textile, la couleur et l’usage composent une même atmosphère. La scénographie de Maud Martinot accompagne ce récit avec sobriété. Mobiliers sur podiums, documents d’archives, films, frise chronologique, lumière douce et palette beige construisent un parcours clair, sensible, presque silencieux. Au centre, l’installation Vidéo Barnum, imaginée en 1985, introduit une dimension immersive. Le visiteur est invité à s’installer, à ressentir, à comprendre autrement ce que Paulin appelait son travail.
Car son héritage ne tient pas seulement à quelques formes devenues cultes. Il se lit dans cette idée simple et toujours actuelle : un objet bien conçu modifie notre rapport au monde sans chercher à le dominer. Chez Paulin, le design reste utile, confortable, intelligent. La poésie vient ensuite, comme une conséquence naturelle. Et c’est peut-être là que réside sa force : avoir donné au futur des lignes accueillantes.



plus d’informations :
Le design selon Pierre Paulin (1927-2009)
Du 27 juin au 1er novembre 2026
https://www.museefabre.fr/expo-paulin
