À dix minutes de Bandol, l’île imaginée par Paul Ricard a rouvert ses portes sous la signature Zannier Hotels. Entre design Riviera, art de vivre méditerranéen, hôtellerie confidentielle et mémoire artistique, Bendor retrouve sa vocation première : offrir une parenthèse solaire, élégante et libre.
Photographies : DePasquale+Maffini pour Zannier Hotels
Il y a des lieux qui ne se découvrent pas vraiment. Ils se rejoignent. Depuis le port de Bandol, quelques minutes en bateau suffisent pour quitter le bruit du quai et les façades claires tournées vers la mer. Puis l’île apparaît, posée sur l’eau comme une maquette grandeur nature. Bendor est toute proche, mais dès l’arrivée, quelque chose bascule. La lumière semble plus nette, le vent plus présent, la Méditerranée plus enveloppante. On n’est pas parti très loin, pourtant on est déjà ailleurs.


Rouverte au printemps 2026 sous la bannière Zannier Hotels, après cinq années de transformation, l’île déploie ses sept hectares. Bendor ne frappe pas par sa taille, mais par son histoire. En 1950, Paul Ricard achète ce rocher au large de Bandol et en fait une utopie méditerranéenne : un port, une plage, des maisons provençales, des restaurants, des ateliers, des galeries, des bals, des artistes et des familles. Une île-jardin, une île de fête, pensée comme un art de vivre. Plus de soixante-quinze ans plus tard, la famille Ricard a confié ce nouveau chapitre à Zannier Hotels. La marque défend un luxe discret, attentif aux matières, aux volumes et au calme. Ici, rien ne semble devoir briller davantage que la lumière. La sophistication se lit dans la justesse d’une terrasse, la fraîcheur d’un sol, le dessin d’une ombre ou la sensation d’un lieu préservé de toute démonstration. Bendor possédait déjà une âme. Il fallait surtout lui redonner de l’air. Menée avec Hardel Le Bihan Architectes et Niez Studio Paysagistes, la rénovation accompagne l’existant, clarifie les circulations, renforce le végétal et réhabilite les bâtiments sans effacer la mémoire de Paul Ricard. Le port, le village miniature, les façades baignées de soleil et la relation constante à la mer demeurent. L’ensemble gagne en fluidité et en cohérence. Bendor n’est ni un resort standardisé ni une île figée dans une nostalgie décorative. Elle avance sur une ligne subtile, entre héritage et présent.




L’écriture intérieure prolonge cette retenue. Bois, pierre, rotin, lin, céramique, enduits clairs et couleurs passées par le soleil composent un univers tactile, presque domestique. L’imaginaire Riviera est bien là, mais débarrassé de ses clichés. Le design accompagne le grain d’un mur, la fibre d’un fauteuil, la fraîcheur d’une chambre et le bleu qui revient sans cesse dans le cadre. Cette sophistication tranquille rapproche Bendor d’une maison d’été cultivée plus que d’un palace démonstratif. Les 93 chambres et suites se répartissent dans plusieurs univers. Delos assume une élégance balnéaire inspirée des années 1960, avec une atmosphère de club privé et de maison de vacances. Les lignes sont souples, le mobilier bas, les matières sensuelles, les détails mesurés. Soukana invite davantage au retrait et au repos. La chambre y devient un espace de silence, où la mer, le végétal et la lumière occupent le premier rôle. Près du port, les maisons Madrague prolongent un art de recevoir plus familial et plus libre. Avec leurs jardins, elles donnent le sentiment d’habiter l’île plutôt que de simplement y séjourner. On ne vient pas uniquement à Bendor pour dormir, mais pour suivre une autre cadence. Marcher jusqu’au port, déjeuner face au large, s’attarder à l’ombre, rejoindre une plage, entrer dans une galerie ou laisser la journée se construire sans programme. Le premier luxe tient peut-être là : disposer de temps, d’espace et d’un environnement suffisamment fort pour ne pas avoir besoin d’être constamment animé.


La table redonne aussi à l’île sa fonction sociale. Face à la mer, Le Grand Large accueille chaque saison un chef invité dans un décor provençal. Le Café Paul Ricard retrouve l’esprit du bistrot traditionnel depuis sa terrasse ouverte sur le port, tandis que le Bar Patrick compose un refuge plus intime. Autour de la piscine, la Table du Delos reprend les codes de la Riviera dans une atmosphère de club-house, avant que le Salon à Cocktails ne prenne le relais en soirée. Soukana développe une cuisine fusion asiatique autour de bouillons clairs, d’herbes fraîches et de cuissons légères. Sur le toit, le bar complète l’expérience avec cocktails, jus et tapas. Nonna Bazaar occupe le cœur du village avec une cuisine méditerranéenne pensée pour le partage, tandis que Nonna Beach prolonge cette énergie au bord de l’eau. La gastronomie devient ainsi l’un des fils conducteurs de la vie insulaire, du premier café jusqu’au dîner sous le ciel méditerranéen.








Le bien-être occupe une place centrale avec Rēsonance, un espace de 1 200 m² associant méthodes contemporaines et pratiques ancestrales. Salles de soins, dôme Iyashi, cryothérapie, rituel de flottaison, hammam, bain froid et piscines composent le parcours. Une salle de fitness, un studio de yoga et de méditation, un espace Pilates Reformer, un court de tennis et trois terrains de pickleball complètent l’ensemble. Les programmes sont personnalisés et associent soins, mouvement, respiration, nutrition et recherche d’équilibre. Pourtant, l’intérêt du dispositif ne repose pas uniquement sur les équipements. Le rapport à la mer, la marche, le silence de l’île et la possibilité de ne pas remplir la journée participent à l’expérience. Bendor rappelle une évidence : le premier soin reste l’environnement.




La dimension culturelle prolonge directement l’histoire de l’île. Le Village des Artisans rassemble la galerie Oraė, trois ateliers consacrés aux savoir-faire créatifs et le concept store Pistache. La galerie organise des rencontres et des ateliers autour des techniques et des inspirations des artistes. Une boutique près de la réception complète cet ensemble avec des créations artisanales et des objets provençaux. Cette présence artistique réactive l’ambition de Paul Ricard, qui avait imaginé Bendor comme un lieu de rencontre entre artistes, artisans et visiteurs. L’art, le design et les savoir-faire locaux prennent place dans le quotidien de l’île, au même titre que la gastronomie, le paysage et le bien-être. Ils donnent au projet une profondeur qui dépasse la seule promesse balnéaire.



Zannier Île de Bendor réunit architecture, hôtellerie, gastronomie, création et art de vivre dans une approche où le luxe se fait discret. Il s’exprime à travers les matières, les jardins, la proximité constante avec l’eau et la richesse des expériences proposées. L’île conserve son échelle singulière, celle d’un monde miniature à quelques minutes de la côte, profondément méditerranéen dans son rythme, sa lumière et sa manière de rassembler les gens. L’île n’avait pas besoin d’un nouvel imaginaire. Sa force tenait déjà dans cette mémoire solaire, populaire et artistique, dans son lien à Bandol et dans l’intuition de Paul Ricard. La renaissance de Bendor consiste moins à réinventer le lieu qu’à réveiller ce qui était déjà là, puis à lui offrir une forme contemporaine, plus calme et plus précise. Une adresse qui ne cherche pas à impressionner, mais à rester en mémoire.
