Du 8 au 20 septembre, Arabesques revient à Montpellier pour une 21e édition qui regarde résolument vers le présent. De l’Opéra Comédie au Domaine d’O, en passant par la Halle Tropisme, le festival fait circuler les sons entre les deux rives de la Méditerranée et multiplie les rencontres entre jazz, pop, électro, raï, rock, traditions populaires et nouvelles scènes. Oum, Anouar Brahem, Yasmine Hamdan, Emel, Camélia Jordana, Souad Massi, Bachar Mar-Khalifé ou encore Ino Casablanca composent l’une des programmations les plus ouvertes de cette rentrée montpelliéraine.
Une Méditerranée qui refuse de rester immobile
Il serait facile d’enfermer Arabesques dans la catégorie des festivals de « musiques du monde ». Ce serait surtout passer à côté de ce qui fait aujourd’hui son intérêt. Depuis plus de vingt ans, le rendez-vous montpelliérain observe les cultures arabes non comme un patrimoine figé, mais comme une matière en mouvement, traversée par les migrations, les métissages, les villes, les diasporas, les clubs, le jazz, le rock, l’électronique et toutes les formes de création qui circulent d’une rive à l’autre. Pour cette 21e édition, la Méditerranée devient naturellement le fil conducteur. Pas celle des cartes postales, mais une Méditerranée complexe, contemporaine, traversée par les identités multiples et les bouleversements de notre époque. Du 8 au 20 septembre, les scènes de l’Opéra Comédie et du Domaine d’O accueilleront ainsi quelques-unes des voix les plus singulières de cette géographie artistique, tandis que concerts, littérature, humour, débats et rencontres prolongeront le festival bien au-delà de la musique.
Oum ouvre le voyage
Premier rendez-vous, et première déclaration d’intention : Oum ouvre le festival le 8 septembre à l’Opéra Comédie. Avec Dialddar, la chanteuse marocaine revient à quelque chose d’essentiel : la voix et le rythme. Percussions corporelles, bendirs, taarijas, calebasses, chants et éléments naturels composent une musique volontairement dépouillée qui puise dans les traditions marocaines pour mieux les projeter ailleurs. Un disque qui parle d’héritage familial, de séparation, d’amour et de mémoire des femmes, porté par une écriture contemporaine qui évite le folklore décoratif. Chez Oum, les racines ne constituent jamais une destination, mais un point de départ.

Le lendemain, le changement de décor est radical avec Bachar Mar-Khalifé joue Christophe. Le compositeur et multi-instrumentiste libanais revisite l’univers du chanteur disparu dans une formule piano, basse et batterie, après leur rencontre et leur collaboration en 2018. Plutôt que l’exercice de reprise attendu, Bachar Mar-Khalifé cherche la fragilité et la mélancolie derrière les mélodies de Christophe. Une rencontre assez improbable sur le papier, mais parfaitement cohérente avec l’esprit d’Arabesques : faire dialoguer des histoires que l’on n’aurait pas nécessairement pensé rapprocher.
Du désert aux machines
Le vendredi 11 septembre, la programmation change encore de latitude. Imarhan, nouvelle génération du blues touareg, ouvrira la soirée au Domaine d’O avant de laisser place à l’un des musiciens majeurs de cette édition : Anouar Brahem. Avec son quartet After the Last Sky, le maître tunisien du oud poursuit ce dialogue qu’il mène depuis plusieurs décennies entre tradition arabe, jazz européen et musique de chambre. Oud, violoncelle, piano et contrebasse construisent ici un paysage beaucoup plus contemplatif. Le titre du projet emprunte ses mots au poète palestinien Mahmoud Darwich et place immédiatement cette musique dans une époque où l’intime et le politique finissent inévitablement par se rejoindre.

Le lendemain, Arabesques monte sérieusement le volume. Avec Zar Electrik et Temenik Electric, le Théâtre Jean-Claude Carrière devient le laboratoire d’un Maghreb électrique. Le premier mélange transe gnawa, rythmes subsahariens, kora, oud, guembri et machines dans une forme d’african techno particulièrement physique. Le second confronte raï, chaâbi, rock et pop anglo-saxonne pour fabriquer ce qu’il définit comme un « arabian rock ». Deux projets qui résument assez bien l’évolution des scènes méditerranéennes actuelles : les instruments traditionnels restent là, mais ils vivent désormais très bien avec les synthétiseurs, les guitares saturées et les dancefloors.


Casablanca, Beyrouth, Tunis : une nouvelle cartographie pop
La deuxième partie du festival confirme cette ouverture. Le 18 septembre, Ino Casablanca incarne parfaitement une génération pour laquelle les frontières musicales ont perdu une grande partie de leur sens. Né en Espagne, d’origine marocaine et installé en France depuis l’enfance, le producteur et rappeur construit une musique hybride où le rap croise des textures électroniques, acoustiques, caribéennes, maghrébines et latines.

Le lendemain, Arabesques aligne probablement l’une des soirées les plus fortes de cette édition. À 19h30, Yasmine Hamdan investira le Théâtre Jean-Claude Carrière. Figure pionnière de la scène underground de Beyrouth avec Soap Kills au début des années 2000, l’artiste libanaise poursuit depuis une trajectoire qui mélange pop électronique, langue arabe, expérimentation et mémoire politique. Son travail transforme dialectes et formes musicales traditionnelles en matière résolument contemporaine.
Quelques heures plus tard, l’Amphithéâtre d’O réunira Emel et Camélia Jordana sur un double plateau. Avec MRA, Emel Mathlouthi fait cohabiter trap africaine, hip-hop, drum’n’bass, batucada et reggaeton arabe. Une musique dense et électronique portée par une voix qui reste l’une des plus immédiatement reconnaissables de la scène tunisienne contemporaine. Camélia Jordana présentera de son côté les contours d’un nouveau projet annoncé pour 2027, construit autour des femmes, de la transmission et de ses racines nord-africaines. Français, espagnol, darija algérien et anglais se croisent dans un même territoire sonore. Là encore, l’identité n’est pas traitée comme quelque chose de fermé, mais comme une construction mouvante.


Souad Massi pour refermer le cercle
Le 20 septembre, Souad Massi viendra clôturer le festival à l’Amphithéâtre d’O avec Zagate. La chanteuse franco-algérienne y durcit légèrement le ton. Folk, rock et Maghreb pop accompagnent un disque plus frontal, produit par le guitariste britannique Justin Adams, dans lequel colère, révolte et inquiétude côtoient toujours cette fragilité qui accompagne sa musique depuis ses débuts. Le titre lui-même résume presque tout : Zagate, dérivé de l’expression française « ça se gâte » telle qu’elle est utilisée en Algérie, devient un mot hybride, entre deux langues et deux pays. Une manière assez juste de conclure une édition tout entière construite autour des circulations, des identités et des histoires partagées.
Le festival devient aussi un lieu de rencontres
Arabesques ne se limite pourtant plus aux concerts. L’une des nouveautés importantes de 2026 sera le lancement du premier Arabesques Music Forum, les 18, 19 et 20 septembre. Pensé comme un espace consacré aux nouvelles dynamiques musicales méditerranéennes, il réunira artistes, producteurs, programmateurs et professionnels autour de showcases, de rencontres et de débats. Des acteurs venus de France, du Maroc, de Tunisie, de Palestine, de Jordanie ou du Liban participeront à cette première édition, avec notamment une conférence consacrée à la nouvelle scène musicale méditerranéenne. Le forum doit permettre à Arabesques de ne plus seulement montrer cette scène mais aussi de participer concrètement à sa structuration et à sa circulation.
Autour de lui, la Kasbah et la Médina du Domaine d’O continueront d’assurer ce rôle plus informel qui fait aussi l’identité du festival : concerts gratuits, DJ sets, littérature, gastronomie, ateliers, discussions et moments où l’on vient parfois sans programme très précis.
Arabesques, version 2026
Après vingt et une éditions, Arabesques pourrait se contenter d’être devenu une institution montpelliéraine. Sa programmation 2026 montre plutôt l’inverse. Le festival semble aujourd’hui plus intéressant lorsqu’il brouille les catégories. Lorsque le oud rencontre le jazz, lorsque le gnawa passe dans les machines, lorsque la pop libanaise dialogue avec l’underground électronique, lorsque le raï emprunte au rock ou lorsque le rap français se nourrit de Casablanca, des Caraïbes et de l’Espagne. C’est précisément là que se dessine la Méditerranée contemporaine racontée par Arabesques : moins comme un territoire géographique que comme un espace de circulation. Un territoire sonore immense, parfois contradictoire, qui ne cesse de se transformer. Et pendant douze jours, Montpellier en devient l’un des points de rencontre.
ARABESQUES FESTIVAL 2026
21e édition
Du 8 au 20 septembre 2026
Montpellier
Opéra Comédie, Domaine d’O, Halle Tropisme et différents lieux partenaires
Concerts, humour, littérature, rencontres et Arabesques Music Forum
https://www.festivalarabesques.fr/
