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STEPHAN GLADIEU

Ancien reporter de guerre, Stephan Gladieu continue de parcourir le monde pour explorer un champ photographique plus artistique à travers des séries de portraits iconiques à la composition rigoureuse. À la frontière du réel et de l’irréel, il relate de la condition humaine en Asie, en Afrique ou encore au Moyen Orient. Plusieurs bonnes raisons qui nous ont donné envie d’en savoir un peu plus sur ses voyages et ses images.

Bonjour Stephan, quelle a été votre première expérience photo ?
Très tôt, j’ai voyagé avec mes parents, notamment dans les pays de l’est puis un évènement a déclenché pas mal de choses. Un jour, nous avons eu, mes parents et moi, un grave accident de la route en Roumanie et avons été contraints de rester quelques jours dans un petit bled de province. Rapidement, j’ai été confronté à une réalité bien différente de celle que je connaissais, dans un contexte politique compliqué à l’époque avec la dictature de Ceaușescu. Cet épisode a aiguisé ma curiosité au point de vouloir raconter ce qu’il se passait à quelques centaines de kilomètres de la France. Et assez naturellement finalement, j’ai choisi la photographie comme moyen de faire connaître ce que je découvrais au fil de mes voyages. Son immédiateté et sa spontanéité m’ont paru être les meilleurs moyens de le faire.

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Kabul, Afghanistan – on june 2001. Jaday Maiwan area downtown Kabul, which used to be Kabul’s « Champs-Elysées » before the war. About half of the city was destroyed during the civil war from 1992 to 1996, on june 2001, Afghanistan.

Vous êtes devenu ensuite photo reporter…
Oui cela s’est fait naturellement encore une fois. J’ai vraiment démarré en 1989 et ce sont mes voyages autour du monde qui m’ont amené à me consacrer au reportage. J’ai continué à me rendre en Roumanie, au Kosovo… et dans d’autres pays pour rendre compte de la vie là-bas. Puis en 1992, je suis arrivé en Afghanistan au moment où la guerre civile éclatait. J’y ai rencontré Steve McCurrry, photographe américain de National Geographic, qui m’a beaucoup aidé sur place notamment en me mettant en relation avec un fixeur sans qui rien n’est possible sur le terrain. Puis je me suis rendu compte que je faisais partie des rares photographes présents en Afghanistan pouvant relater de la situation. C’est comme ça que je suis devenu reporter de guerre, un peu par accident à vrai dire. Petit à petit, cette activité est devenue une vraie passion et j’ai commencé à en vivre grâce à mes rencontres avec des journalistes et des collaborations avec des magazines. Puis j’ai continué à parcourir le monde avec mon épouse pour faire des reportages au long cours, des sujets de sociétés que nous vendions dans le monde entier.

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Et aujourd’hui, vous avez une approche plus artistique ?
Il y a environ 5-6 ans, j’ai décidé de tout remettre à plat car j’avais le sentiment de me perdre un peu dans ces reportages. J’ai consulté toutes mes archives, fait la synthèse de ce que je voulais faire, je ressentais le besoin de changer ma manière d’aborder la photographie. À partir de là, j’ai décidé d’utiliser le portrait pour réaliser des séries ou l’aspect esthétique et documentaire se croisent, se répondent.

Vous avez documenté la Corée, l’Afghanistan, l’Afrique… vous avez rencontré de nombreux peuples et avez pas mal d’anecdotes et de souvenirs à raconter mais en retenez-nous une ou un en particulier ?
Sans aucun doute, l’Afghanistan. C’est le pays qui m’a le plus marqué, il est impossible de m’en détacher, pour ses paysages, son peuple, son atmosphère, sa puissance et sa richesse culturelle. Je n’ai rien vu de tel et j’en garde des souvenirs extraordinaires. Aujourd’hui c’est un véritable crève-cœur de voir ce qu’il se passe avec le retour des talibans au pouvoir. Il est évidemment très compliqué d’y retourner et je pense que ce serait difficile pour moi car je ne retrouverai pas ce que j’y ai vécu lors de mes précédents voyages. Dans une autre mesure, il y a aussi l’Afrique et le Congo particulièrement, je trouve que quelque chose de très puissant spirituellement s’en dégage, une énergie et une créativité incroyables.

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On a beaucoup aimé « homo-detritus »… Quelle était votre idée de départ pour cette série ?
Cette série a été réalisée en collaboration avec le collectif congolais « Ndaku, la vie est belle » dont les membres sont presque tous issus des Beaux-Arts de Kinshasa. Ces artistes se sont réunis pour dénoncer la catastrophe écologique que connaît le pays depuis très longtemps, à savoir l’accumulation de déchets qui a transformé le Congo et ses bidonvilles en véritable poubelle à ciel ouvert. Ce mouvement artistique mené par des peintres, chanteurs, plasticiens et musiciens s‘est inscrit dans la tradition et les codes du masque intégral africain pour créer des performances de rue à l’aide de costumes fabriqués à partir de détritus. Plastiques en tous genres, téléphones portables, tissus, câbles électriques, cartons, pièces détachées… sont ainsi devenus des matières premières servant à façonner ces masques qui deviennent un support d’expression pour tenter d’exister dans une société chaotique. Ce projet n’est pas encore terminé puisque je vais retourner prochainement à Kinshasa pour produire de nouvelles images.

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