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Laura Sanchez : dans l’objectif d’un rêve pastel

Le rêve, l’évasion, la poésie…voilà ce à quoi nous invitent les singuliers clichés de la jeune photographe Laura Sanchez. Inspirées par l’univers du réalisateur Wes Anderson, ses images aux tons pastel revisitent les lieux qu’elle immortalise à travers des séries qui prennent parfois une dimension musicale.

Hello Laura, comment ça va à Paris ?
Hello Focus, ça va plutôt bien, je suis assez motivée et inspirée en automne. Cette saison me met dans une ambiance calme avec moins de distractions aussi, et de mon côté c’est assez propice pour être plus productive et inspirée.

Le sud, d’où tu es originaire, ne te manque pas trop ?
Oui j’aime beaucoup Paris mais je ressens le besoin de retourner dans le sud assez régulièrement. Quand je ne vois pas la mer ou l’océan pendant plusieurs mois je ressens un manque, c’est un peu physiologique je crois. Aussi, le sud de la France est l’endroit où j’ai grandi et je ne me cache pas du fait que les lieux de mon enfance restent aujourd’hui une source d’inspiration pour la photographie

Raconte-nous un peu tes premiers pas photographiques ?
Je n’ai pas étudié l’art ou la photographie mais j’ai toujours ressenti le besoin de créer ou d’utiliser mon imaginaire dans la vie de tous les jours, sans pour autant pratiquer une discipline artistique à proprement dit. J’ai été initiée à la photographie par un membre de ma famille et j’ai fait l’expérience de mes premières prises de vue en 2020 pendant le confinement.

Laura Sanchez

Certaines de tes photos rappellent l’univers visuel de Wes Anderson… elles invitent à l’évasion, au rêve….
C’est un compliment car j’aime beaucoup l’univers de Wes Anderson, les thématiques de ses films et sa signature visuelle et notamment ses couleurs pastel avec des compositions souvent épurées et jouant avec la symétrie. Cela donne une impression très particulière, comme d’être dans un rêve ou dans l’esprit d’un personnage. J’aime aussi tout particulièrement quand il met en scène le thème de l’innocence faisant face à la réalité et c’est quelque chose que j’aborde dans certaines de mes séries photos. Dans la série « Summertime », ce sont des photos qui mêlent amour et nostalgie pour des lieux de mon enfance. Elles me rappellent un sentiment agréable de liberté, de manque de responsabilité. En y repensant, les souvenirs de grands évènements ne comptent pas autant que les souvenirs de moments simples, parfois très banals mais assez uniques en fait. Dans la série « What is real », on peut dire que les photos invitent au rêve et à l’évasion comme tu l’évoques mais avec une certaine mélancolie je dirais. Sur ces photos le monde me parait exagérément doux et calme et cela m’évoque un sentiment d’illusion ou de perception déformée, comme une vision un peu utopique de la réalité qui cacherait quelque chose. En d’autres termes, rêver ou bien idéaliser nos souvenirs serait comme un refuge qui nous protègerait de nos craintes (liberté, bonheur.. toutes les peurs propres à chacun). En restant un peu abstrait il y a l’idée que la façon dont nous percevons le monde qui nous entoure est influencée par notre état d’esprit. C’est intéressant aussi quand chacun fait sa propre interprétation.

Tu travailles également sur une certaine forme de minimalisme et de simplicité esthétique…
Oui ce style représente mes toutes premières photos en ville. Ce n’est pas facile de mettre des mots sur ce travail à la limite de l’abstraction mais je dirais que c’est un style très épuré, coloré et minimaliste en effet, avec l’accent sur les lignes et la géométrie. Les aplats de couleurs pastel m’évoquent une sorte de décors de théâtre, un côté rêveur en contraste avec une ville qui peut paraître oppressante par moments. En fait j’adore observer la moindre banalité et chercher la beauté qui s’y cache. Aussi ce style minimaliste m’a permis d’apprendre avec la simplicité comme le font les enfants en fait. J’ai toujours trouvé les dessins d’enfants fascinants, on peut y voir plein de messages. Enfants nous étions tous créatifs car nous abordions les choses de manière simple, avec une démarche innocente.

Dans la série Afterparty, tu as photographié des lieux habituellement très vivants qui semblent tout d’un coup abandonnés…. C’est un sentiment et une ambiance assez singuliers d’être là après la fête ?
Tout à fait ! À la base je pensais arriver dans les lieux animés et il se trouve que c’était le jour du remballage. Comme tu le dis très bien il y avait à ce moment-là une atmosphère particulière lorsque la fête se termine. Ce moment juste avant qu’ils remballent tout, se disent au revoir et reprennent la route. Entre cette petite tristesse de fin d’été dans un lieu animé tout à coup déserté par l’humain et aussi un retour au calme plutôt apaisant. J’aime ces contrastes, ils m’inspirent beaucoup. Aussi l’idée de regarder un lieu avec une perspective différente, des détails auxquels on ne pense généralement pas en passant. J’aurais aimé faire plus de photos mais j’ai été sortie des lieux très vite car je n’avais pas le droit d’y être à ce moment-là !

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Et puis il y a aussi cette série assez incroyable baptisée Paris Playground…
Je trouve que Paris a un côté très poétique qui peut s’apprécier dans la beauté des détails. Cette série représente bien aussi ce thème de la confrontation de l’imaginaire et du réel. Les photos peuvent là aussi laisser place à pas mal d’interprétations, comme une invitation à s’émerveiller comme le fait un enfant.

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Tu associes parfois une vidéo d’ambient à tes séries qui prolonge l’expérience…
Oui, de manière générale la musique est pour moi une source d’inspiration et de concentration au quotidien. Très souvent , écouter de la musique en fond m’aide à me mettre dans l’état d’esprit que je recherche pour faire des photos. Je trouve donc cela très intéressant du point de vue création, mais aussi quand il est temps de diffuser les photos. Bien que nous soyons libres d’interpréter une œuvre à notre manière, je trouve cela cool d’y ajouter une « humeur ». La musique devient comme une expérience supplémentaire qui peut rendre la visualisation d’une photo ou d’une œuvre plus intéressante, plus intrigante. Donc récemment j’ai essayé d’associer certaines de mes photographies à de la musique ambiante sur YouTube, c’est très atmosphérique et peut s’écouter en fond en faisant autre chose.

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Est-ce que tu utilises l’IA ? Et quel est ton regard sur cette révolution numérique ?
Je n’utilise pas l’IA et j’aime utiliser le moins d’outils possibles en général et je dirais même que ça me démotive d’avoir trop de matériel ou de possibilités. Ca fait un peu cliché de dire ça je sais. Je ne travaille pas non plus avec Photoshop même si je suis très admirative des photographes qui l’utilisent. Je ne suis pas contre l’IA je pense simplement que ce n’est pas de la photographie. Si je me place du point de vue artistique j’ai l’impression qu’il y a quelque chose de gratifiant à faire de l’art d’une manière plus « artisanale » si je peux dire cela. Ensuite on peut tous essayer de faire abstraction de la manière dont est réalisée une œuvre ou une photo dès lors qu’elle véhicule quelque chose, une émotion ou une perspective particulière et cela dans le respect du travail des artistes. Sur ce point du respect des droits d’auteur il y a du chemin je crois.

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Un peu de promo pour tes prints ? Tu proposes plusieurs types d’impressions ?
Oui je travaille avec un laboratoire photo parisien pour la vente de tirages lorsque j’ai des demandes personnalisées. Ensuite des sélections de mes photos sont en vente en ligne par l’intermédiaire de galeries et partenaires spécialisés dans la vente de tirages. En France j’ai notamment la chance d’être diffusée par la galerie Artenza basée à Dijon et qui possède son propre laboratoire photo, et depuis tout récemment on peut aussi retrouver une première sélection de mes photos chez Yellow Korner. Il y a aussi les boutiques du Moulin Rouge qui exposent et vendent trois de mes photographies.

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Tes projets pour les prochains mois ?
Justement j’aimerais développer cette partie print, j’y réfléchis. Ensuite du point de vue création, je travaille en ce moment sur un nouveau style pour le coup assez loin du monde pastel, plus sombre avec des photos de nuit notamment. Un style qui paraîtra différent mais qui je pense restera dans un cercle qui correspond à mon univers, avec de la simplicité et de la poésie. Je pense que l’essence même d’un photographe ou d’un artiste en général est d’explorer et de faire des choses inattendues et surtout d’être soi-même. La créativité évolue car on évolue nous-mêmes, on a de nouvelles attentes, de nouvelles envies.

https://www.instagram.com/french__laura
https://laurasanchezpicture.com

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