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DAN YEFFET – Interview

Entre exploration, exigence formelle et sens du récit, Dan Yeffet développe une approche sensible où chaque pièce naît de la rencontre entre usage, matière et émotion. Du mobilier au luminaire, son travail affirme une écriture à la fois pure et habitée, nourrie par les villes qu’il a traversées, les savoir-faire qu’il a observés et cette volonté constante de repousser les limites sans jamais perdre la trace du geste humain.

© portrait by BORIS HODONOU

Vous avez étudié et exercé dans différentes villes. Dans quelle mesure ces expériences influencent-elles votre création aujourd’hui ?
Nous portons en nous les récits de tous les lieux que nous traversons : leur culture, leur héritage technique, leur esthétique, et surtout les personnes que nous y rencontrons. Chaque ville a déposé une part d’elle-même dans mon identité. Ces expériences nourrissent profondément mon ADN créatif ; je suis, en quelque sorte, une mosaïque des endroits où j’ai vécu et travaillé.

Vous travaillez aussi bien le mobilier que l’éclairage ou l’objet. Qu’est-ce qui change, pour vous, dans la manière d’aborder un projet selon son échelle et son usage ?
Chaque projet naît d’un récit singulier : une fonction, une matière, et cet effet de surprise que nous cherchons à provoquer. Si l’échelle varie, mon approche, elle, reste très intuitive. J’aime jouer avec les proportions pour donner du caractère à une pièce, même si je ne prends souvent conscience de ce fil conducteur qu’avec le recul, en observant l’ensemble de mon travail.

Vous dites être avant tout un explorateur, et que tout est possible dans le design…
Sans exploration, la créativité devient linéaire. Mettre à l’épreuve les limites des techniques et des matériaux permet d’introduire de la nouveauté. Même lorsqu’un lien esthétique évident unit mes pièces, il y a toujours, en arrière-plan, une forme d’expérimentation : pousser un procédé de fabrication dans ses retranchements ou réinventer l’usage d’un matériau.

Vos créations dégagent souvent une impression d’évidence et de pureté formelle. Comment trouvez-vous l’équilibre entre simplicité visuelle et intensité de présence, entre douceur et rigueur ?
Je vois le design comme un art de la réduction. C’est une négociation permanente entre l’usage de l’objet, les contraintes de la matière et l’objectif final du projet. La rigueur naît du respect de ces limites ; la douceur, elle, émerge de l’équilibre que l’on parvient à trouver en leur sein.

Comment traduisez-vous l’innovation à travers vos pièces ? Avez-vous une affinité particulière avec certains matériaux ou certains procédés de fabrication ?
Pas de manière exclusive. Je ne m’attache pas à un matériau en particulier ; je laisse plutôt l’histoire du projet dicter le médium. Pour moi, l’innovation ne réside pas tant dans le matériau lui-même que dans la manière dont on l’utilise pour raconter une histoire nouvelle.

La lumière occupe une place importante dans votre travail.
Qu’est-ce qu’un luminaire peut raconter qu’un meuble ou un objet ne raconte pas ?
La lumière touche à quelque chose de primal : la chaleur, le feu, l’émotion brute. Là où les objets habitent un espace, la lumière en définit la sensation. Un meuble peut occuper une pièce, mais un luminaire a le pouvoir d’en transformer l’atmosphère d’une manière qu’aucun objet ne peut véritablement égaler.

Selon vous, comment le design doit-il évoluer dans les prochaines années ?
Nous traversons une période charnière, où le dialogue entre technologie et artisanat se redéfinit profondément. Les designers doivent aujourd’hui réévaluer leur rôle. À mesure qu’une plus grande part du processus se numérise, notre valeur réside dans cette capacité à introduire un “défaut maîtrisé” : réinjecter de l’émotion, du sensible, et la trace de la main dans ce qui est produit par la machine.

Avez-vous un rêve de designer ?
Mon rêve est simple : continuer à créer, apporter de la beauté et de la fonction à un monde qui devient chaque jour plus complexe.

Quel regard portez-vous sur l’IA, et est-ce un outil que vous utilisez ?
Comme le dit l’expression, « si vous ne pouvez pas les battre, rejoignez-les ». L’IA est là pour durer et, si elle offre de réels avantages pour accélérer certains processus, nous ne la laissons pas définir l’âme de notre travail. Ce “défaut émotionnel” — cette subtile imperfection propre au geste humain — reste impossible à reproduire, et c’est précisément ce qui donne à une création sa véritable signature.

Quels sont vos projets pour les semaines et les mois à venir ?
Milan approche à grands pas. Nous y dévoilerons de nouvelles créations avec plusieurs nouveaux partenaires, aux côtés de collaborateurs de longue date. Nous développons également des projets de design d’intérieur. Au-delà du calendrier, nous continuons surtout à pratiquer : la création est un muscle indocile, qu’il faut faire travailler sans relâche pour qu’il conserve toute sa force.

www.danyeffet.com

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