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Sónar festival 2026, Barcelone sous haute fréquence

À Barcelone, Sónar n’a jamais cessé de se réinventer. Pour sa 33e édition, organisée du 18 au 20 juin, le festival a pourtant engagé l’une des transformations les plus visibles de son histoire. Pendant près de 30 ans, Sónar s’est raconté en deux chapitres. Le jour pour découvrir, chiller, expérimenter. La nuit pour danser jusqu’à l’aube. Désormais, tout se joue à Fira Gran Via, de 17h jusqu’au petit matin.

© photographies : Phat&Phurious

Une nouvelle géographie du site immense et impersonnel, trouve progressivement son rythme à mesure que le public circule entre les espaces. Capable d’accueillir concerts, DJ sets, lives, performances audiovisuelles et installations numériques répartis sur six scènes, le lieu se transforme en un vaste terrain d’expérimentation. Jeux de lumière, projections et dispositifs numériques métamorphosent les halls en espaces immersifs dédiés à la création et à l’exploration artistique.Depuis toujours, Sónar réussit à faire cohabiter toutes les facettes de la culture électronique : Le club, le live, la pop, l’avant-garde, la technologie et l’émotion (beaucoup). Une diversité assumée qui fait toute la singularité – et la force – du festival. Le festival continue parallèlement de regarder vers les technologies émergentes, avec le Sónar+D

Sónar festival 2026

Une cité de rave en mouvement

Le SonarCar s’est rapidement imposé comme l’un des centres névralgiques de cette nouvelle configuration. Pensé comme un club au cœur d’un vaste hangar, il accueillait STOOR, projet d’improvisation techno dirigé par Speedy J. La session du vendredi avec Kink, FJAAK & Nene H. Le samedi, avec Dasha Rush, Luke Slater, Mathew Jonson et Ø [Phase], s’est étirée sur près de sept heures. Une techno organique, mouvante et parfois abrasive, accompagnée de projections sur une structure suspendue au-dessus de la scène.

Sammy Virji ©PhatPhurious Villa Colette

Du côté des grands noms

FJAAK et Kittin ont rappelé la persistance du lien entre Sónar et la scène berlinoise, tandis que Boys Noize, DJ Gigola, Marcel Dettmann et Gerd Janson ont confirmé la place centrale de la culture club européenne.

Charlotte de Witte a imposé une production audiovisuelle parfaitement calibrée pour le SonarClub. Sammy Virji & son sourire xxl, a littéralement embrasé le SonarVillage sur une house infusée UKG, de la pure folie ! Son énergie communicative (sa force), des basses bondissantes et un public totalement acquis à sa cause : l’un des moments les plus euphoriques du week-end. Skepta, qui rappelle combien le rap britannique et la culture club entretiennent des liens étroits, injectant dans le festival une intensité grime aussi tranchante que fédératrice. Dom Dolla et son show fédérateur confirme pourquoi il s’est imposé comme l’une des figures incontournables de la scène house actuelle. Entre grooves irrésistibles, montées millimétrées et sens aigu de l’efficacité, il transforme le SonarClub en un immense dancefloor où chaque drop déclenche une nouvelle vague d’euphorie. Une performance calibrée pour les grands festivals, sans jamais céder à la facilité.

L’une des surprises les plus réjouissantes est pourtant venue de Kelis. Loin de se limiter à son statut d’icône des années 2000, l’artiste américaine a offert un show débordant de funk, de soul, de house et de R&B, porté par un groupe brillant. Une performance généreuse qui a rappelé combien le Sónar sait aussi faire dialoguer culture club et héritage pop sans tomber dans la nostalgie.

The Prodigy, l’énergie intacte

Mais le moment le plus fédérateur est venu de The Prodigy. Et quelle claque ! Pour leur première apparition au Sónar, les Britanniques ont retrouvé ce qui fait leur singularité depuis plus de trente ans : une électronique agressive, nourrie de breakbeat, de punk et d’indus, pensée comme un choc physique et collectif. Liam Howlett dirigeait la machine avec une précision redoutable, tandis que Maxim occupait la scène avec cette présence théâtrale qui transforme chaque morceau en confrontation. Keith Flint était présent aussi ! Sa voix résonnait à travers plusieurs samples, et son iconique crête sculptée en deux cornes projetées sur grand écran. Une présence sobre mais puissante. Le groupe n’a pas joué la simple carte de la nostalgie. Les titres emblématiques ont naturellement déclenché une réaction immédiate, mais le concert conservait une tension très actuelle. Dans un festival tourné vers les nouvelles formes numériques, The Prodigy rappelait que l’histoire de l’électronique s’est aussi construite dans la sueur, l’énergie brute et la collision des genres. Leur puissance scénique a réuni plusieurs générations dans une même décharge d’adrénaline.

Prodigy ©PhatPhurious Villa Colette
Prodigy 3 ©PhatPhurious Villa Colette

Joy Orbison, l’élégance britannique

Samedi, il a signé l’un des sets les plus captivant du week-end. Et pourtant son slot ne lui correspondait pas forcément (2h30-3h50 dans le SonarClub). Sans jamais chercher l’effet spectaculaire, il construit un voyage d’une fluidité rare, entre UKG, bass music, house et broken beat avec une élégance presque désarmante. Une démonstration tout en finesse qui contrastait avec l’énergie plus frontale des grandes scènes. Rappelant pourquoi il reste l’une des figures les plus influentes de la scène britannique.

Daito Manabe, le futur et l’expérimentation

Véritable coup de cœur pour cet artiste, programmeur et figure majeure des arts numériques. Il explore depuis plus de vingt ans les liens entre technologie, perception et création. Son travail interroge notre rapport aux machines et à la créativité. Il a livré une performance où intelligence artificielle, traitement d’image en temps réel et création audiovisuelle dialoguaient en permanence. Non seulement, il nous a impressionné visuellement, mais il ouvre une fenêtre sur le futur de la création numérique. Par sa présence au Sónar, Daito Manabe incarne cette dimension expérimentale qui fait partie de l’ADN du festival et qu’on a hâte de découvrir.

Daito Manabe ©PhatPhurious Villa Colette

La nouvelle génération n’était pas en reste

Nimino (Ninja Tune) a imposé une respiration plus contemplative, mêlant textures électroniques, influences UK et mélodies aériennes dans un set aussi subtil que lumineux. Un beau moment suspendu accompagné de ses propres créations visuelles projetées sur les écrans ! Nia Archives a mis le SonarLab en ébullition avec une jungle rapide, traversée de pop et de R&B. Zuri a injecté une bass music nerveuse. Carlita et son set house hyper qualitatif confirme son ascension. Quant à Riria (déjà repérée en 1ère partie de Sammy Virji à Ally Pally) nous a encore bluffé avec un set subtil et très bien exécuté.

Riria ©PhatPhurious Villa Colette

Autant de découvertes qui rappellent que Sónar demeure l’un des meilleurs terrains d’exploration pour dénicher les talents qui façonneront la scène électronique de demain.

Tout n’était pas parfaitement résolu dans cette nouvelle formule. Les volumes de Fira Gran Via pouvaient diluer l’intimité. Mais l’essentiel demeurait intact : une programmation capable de passer d’une grande célébration collective à une expérience exigeante, d’un live historique à une expérimentation numérique.

Sónar 2026 n’a donc pas simplement changé d’adresse. Il a redéfini sa manière d’occuper le temps et l’espace. Pendant trois jours, Barcelone devient ce laboratoire où l’on vient autant pour danser que pour imaginer ce que sera la musique de demain.

Barcelona, rendez-vous les 17, 18 & 19 juin 2027

https://sonar.es

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