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Julie PONCET : Interview

Deuxième lauréate du Prix Picto de la Jeune Photographie de Mode 2016 et figure montante de la discipline en France, Julie Poncet, ancienne agronome, imagine d’étonnantes mises en scène à l’esthétique soignée pour donner vie à des séries d’images narratives. Particulièrement inspirée du travail d’Erwin Olaf ou d’Alfred Hitchcock, elle aime explorer de multiples techniques et faire travailler ses mains pour enrichir son univers visuel.

Julie, revenons un peu sur votre parcours… Vous étiez agronome avant de vous consacrer à la photo à plein temps ?
J’ai effectivement travaillé pendant plusieurs années en tant qu’agronome au Maroc. Puis lauis la photo, que j’avais débutée au collège, est revenue et a pris le dessus. Les idées et les envies photographiques s’accumulaient, j’ai alors décidé de m’y consacrer pleinement.


Vous êtes la deuxième lauréate du Prix Picto de la Jeune Photographie de Mode 2016. Qu’aviez-vous présenté à pour ce concours ?
Pour le Prix Picto j’ai présenté 2 séries, dont une réalisée spécialement pour l’occasion. Une série dans la droite ligne d’une série précédente, mettant en scène un personnage qui évolue dans un environnement entièrement recouvert du même tissu. Une sorte de huis clos où los où tout est contrôlé maîtrisé, mais où survient un intrus qui perturbe l’équilibre du personnage.
La seconde série, « Impérial », plus orientée mode s’inspire des bustes d’empereurs romains, de leur stature et expressions insondables. Chacun des modèles photographiés pour la série est vêtu d’une chemise blanche, et d’un bonnet de bain, concentrant ainsi l’attention sur le regard et les traits du visage. Seul un accessoire les distingue les uns des autres, comme une médaille militaire.

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Dans quelle mesure vous inspirez-vous du travail d’Erwin Olaf et du cinéma d’Alfred Hitchcock ou de Wes Anderson ?
Le travail d’Erwin Olaf m’inspire beaucoup pour les attitudes des personnages qu’il met en scène. Le temps semble s’écouler lentement dans ses images pourtant fixes et les personnages abordent une froideur de façade difficile à pénétrer, à décrypter. Ses décors aussi mes décors aussi m’attirent particulièrement.
L’univers d’Alfred Hitchcock m’inspire plus les histoires de manière globale, le rythme que l’on peut donner à une série, générer une tension et un certain suspense. En plus de l’ambiance résolument rétro que j’adopte dans la plupart de mes histoires.
Le travail de Wes Anderson, mais aussi de Wong Kar Wai, m’intéresse particulièrement pour les ambiances colorées parfaitement maîtrisées. Les histoires que je raconte sont souvent sombres, les personnages un peu torturés, mais les replacer dans un contexte coloré et décalé apporte la touche d’humour et de légèreté que je tiens à conserver. J’aime faire sourire les gens à la vue de mes images.

Il y a un véritable travail de mise en scène, une esthétique particulière des décors, les motifs… Une marque de fabrique…
Oui une vraie marque de fabrique puisqu’en plus je fabrique, bricole ou customise moi-même une grande partie des décors. Au final je passe plus de temps en amont de la prise de vue à créer et arranger les décors, mais c’est ce que j’aime, donner vie à des images qui n’existent au départ que dans ma tête. Cela me donne l’occasion de tester de nouvelles techniques, telles que la couture, la sculpture, et tout ceci vient enrichir le champ des possibles. Je ne me limite pas uniquement à ce que je sais déjà faire, j’explore et enrichis ma gamme d’outils.

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La série « Wallflower » connaît un certain succès. Pouvez-vous nous éclairer sur ce travail ? Cette série raconte une histoire qui se déroule image après image. Elle est composée de diptyques : chaque scène vue de face succède à une vue par au-dessus, qui révèle ce qui était caché de prime abord. « Wallflower », c’est l’histoire d’une femme obsédée par son apparence. Un jour, le rouge pénètre dans sa vie. Elle décide de faire sienne la couleur intruse et la transfère à tout son environnement. Ainsi, son image, sa personnalité et son environnement ne font plus qu’un.
Mais le rouge s’invite dans les moindres détails, se fait oppressant. L’ennui laisse place au malaise. Egratignures ? Griffures ? L’imprimé fleuri finit-il par se retourner contre elle ? A moins que ce ne soit elle qui s’automutile, cherchant à se sentir vivante, à sentir son sang couler, à se prouver qu’elle n’est pas qu’un élément fondu dans le décor.

Vous explorez également le Fine art ? Un autre pratique bien différente de vos séries habituelles….
En-dehors des mises en scène j’explore effectivement des photos qui jouent plus sur l’émotion, et la captation de l’éphémère. J’aime expérimenter sur les flous et ce que ces moments fugaces et fragiles provoquent comme émotion. Contrairement aux autres séries, je ne scénarise pas ces photos, je laisse mon corps s’exprimer. C’est un tout autre travail d’expression, qui tient plus de l’humeur et de la danse.

Les autoportraits « Sténocorpées » vous ont-ils permis d’appréhender différemment la photo de nu ?
A l’origine je n’avais pas l’intention de faire une série de nu, l’idée était de tester la photo au sténopé. Procédé d’origine de la photo, qui se réalise sans objectif, les photos produites au sténopé sont d’une douceur incroyable, un léger flou qui vient envelopper le corps d’un voile pudique. Le nu s’est imposé de lui-même, par nécessité graphique et esthétique. Je n’ai donc pas abordé ce travail comme une réflexion autour du nu ou du corps, ce qui peut expliquer le résultat peu classique. Le nu n’est qu’un « outil » de plus à mettre au service de mes idées.


J’ai vu sur votre book que vous aviez réalisé des clichés sur le thème de l’architecture. Vous poursuivez ce type de projet ?
Mes parents sont tous les deux dans l’architecture, alors je suis forcément influencée dans mes images. Même si celles-ci ne sont pas centrées sur l’architecture, le design et les lignes urbaines font partie intégrante de mes photos. J’attache de l’importance au style, au design du décor, et je me sers toujours des lignes architecturales pour construire mon image, donner un sens de lecture, du dynamisme.

Quel est votre rapport aux nouveaux réseaux sociaux d’images ?
Les réseaux sociaux sont un bon moyen pour montrer notre travail, et pour découvrir celui des autres. Cela permet aussi de belles rencontres et des collaborations. Une belle source d’inspiration quand on a le temps de s’y plonger.

Quels sont vos projets en cours et à venir ? Une prochaine exposition ?
Je pars fin février en Norvège pour poursuivre une série de photo initiée avec « Désert Sentimental » et « Island Desert », on retrouvera la jeune femme à la valise bleue en périple au nord du cercle polaire. J’exposerai d’ailleurs une partie de ces séries à Milan en mars prochain, au MIA Photo Fair.

http://julieponcet.com/

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